jeudi 19 décembre 2019

Aza fady Madagasikara


Durant l'Avent je me suis facilement passé de bougie, de chèche, et même marché de Noël ! Par contre, une rengaine m'est restée dans la tête : "préparez les chemins du Seigneur, rendez droit ses sentiers". Jean Baptiste ne chantez pas au seuil des chaumières hivernales mais dans le désert. Son prédécesseur laisse aussi dans la Bible un héritage exceptionnel : "Il jugera les petits avec justice; avec droiture, il se prononcera en faveur des humbles du pays". Il n'y a pas de quoi faire la chansonnette non plus. Pourtant, ces paroles me travaillent comme la terre ici est remuée pour la saison des pluies. La question de la justice me préoccupe et je voudrais partager ce qui me dérange lorsque je me déplace et que je vois ce pays morcelé par les inégalités sociales. Si je n'ai pas de chanson, j'ai tout de même un titre Aza fady Madagascar pour dire "désolé Mada" mais je ne peux pas baisser le yeux... 


Déforestation 
Sur la route, les collines et les plaines sont magnifiques mais une chose me manque. La déforestation est un problème majeur à Madagascar. Alors que je m'émerveillais devant les paysages offerts par l'Île rouge, je prends conscience de l'absence manifeste de forêt le long de la route. Ce constat est pour moi d'autant plus frappant car j'habite le sud du pays où cela inquiète les habitants. A Tuléar, Alphonse, un frère assomptionniste, ébéniste de formation, constate malheureusement ce cruel déficit de matière première. La rougeur de la terre malagasy n'est donc pas seulement lié à la forte teneur en fer mais en grande partie à la coupe agressive et sauvage des arbres au bord même de la route parfois. Le bois ainsi coupé est transformé en charbon de bois, le seul combustible utilisé dans les villages pour faire la cuisine.A cela s'ajoute les feux de brousses qui alimentent la croyance qu'une terre brûlée sera plus fertile. C'est un cercle vicieux ou une impasse : comment se dégager de l'utilisation du charbon pour préparer le sakafo (repas) ? Le reboisement prévu est une bonne initiative mais il faut remédier à cette déforestation au plus vite ! 


Centralisation
L'histoire récente de Madagascar montre que le pays s'est construit bon an mal an sur le système colonial. Bien que le peuple malagasy soit aujourd'hui un peuple libre, la politique a du mal à se démarquer du système français. Notamment, la centralisation. En effet, tous les papiers administratifs assez importants nécessitent un aller-retour à la capitale où les ministères sont déjà bondés du matin au soir.  Lorsque vous habitez à 50 km, ça passe... Par contre, si comme moi, vous apprenez depuis votre petit village que vous avez trois jours pour faire 1000 km et payer par vous même les frais de transports et des mauvaises nuits de sommeils, la centralisation devient pour vous une épine dans le pieds. Je ne conteste pas le système centralisé qui a ses avantages. Par contre, en abuser à ce point devient très contraignant et peu rendre la vie des gens plus difficile que ce qu'elle est déjà. Le ministère de la décentralisation porte bien son nom ici. Mais je me demande vraiment si son action est efficace. 

Corruption
Cela pose alors la question du fléau principal du pays. J'ai nommé la corruption généralisé. Je sais qu'il existe des milliers d'articles à ce sujet sur l'île (tapez "corruption madagascar") : exemple ici
Or à la vue de billets qui circulent comme si cela allait de soi, j'ai de quoi être surpris et choqué. Cela va des instances politiques les plus hautes à des choses banales. Par exemple, sur le chemin qui mène à Tuléar des postes de douanes sont installés. A chaque passage de taxi-brousse, un gendarme (dont la tenue imite celle des nos chers militaires en chemise bleu avec leur beau képi) sort de sa case. Une petite discussion s'engage avec le chauffeur et hop, voilà une somme de 5000 à 10000 Ar glissant des mains et permettant au véhicule de continuer la route. Evidemment les taxis-brousses ne sont jamais aux normes (passagers impactés comme du bétail et surcharge évidente des bagages sur le toit). Mais est-ce normal de voir l'argent filer ainsi à chaque poste de douane comme si de rien n'était ? 

En attendant le président... 
Ce thème se raccorde bien avec une conversation que j'ai eu lors d'un voyage avec un fonctionnaire hydro-géologue de Tuléar. Il dénonçait lui-même de voir que les châteaux d'eau installés par l'Etat  n'avaient pas été entretenus et que la population souffrait ainsi du manque d'accès à ce qui est la source de la vie. Pourquoi ? la corruption. Il faut aussi ajouter d'un part des paysans qui veulent garder l'espace routier pour la circulation de leur charrette. J'espère que je ne me suis pas trop plaint de l'exécrable qualité de la route Nationale 10. Cette dernière ne sera peut-être jamais mise en état car les éleveurs de zébus et le réseau de taxi-brousse ont trop d'intérêt à laisser la situation ainsi et rendant les habitants dépendant de ce système. Madagascar pose le problème de l'inertie. Les habitants s'habituent à attendre que les choses viennent d'en haut, c'est à dire du président (la croyance au système centralisé persiste). Or, à lui seul il ne peut pas tout faire ! De plus, si l'intérêt de l'Etat est inférieur à celui de la population locale, rien ne bougera car personne n'aura réclamé justice. 

Continuer quand même
Je crois avoir suffisamment insisté sur l'interdépendance des problèmes sociaux à Madagascar. Ce soir même je retrouve le taxi-brousse pour rejoindre Fianarantsoa. Je sais que c'est bientôt Noël et que le temps est à la fête. J'aimerais des fois ne voir que les sourires des enfants et cette solidarité tenaces qui lie les familles les plus pauvres. Désormais, c'est plus difficile à vivre et la colère me prends quelques-fois à la vue de tant de misère. Je sais que ma mission est là pour donner de l'espoir et c'est la raison pour laquelle je me lève tous les jours. Alors, je vous laisse avec cette vidéo qui voudrait résumer en quelques secondes ce que j'ai essayé d'exprimer : à la fois la beauté et la pauvreté. Noël est teinté de cette ambiguïté. 




Bon Noël à toutes vos familles ! 

PS. : Au cas où vous avez une bûche au Réveillons, vérifiez sa provenance...(avec la déforestation...) 


lundi 9 décembre 2019

"On ne sait pas ce qu'on va faire, mais on sait pourquoi...


Cette citation tirée de paroles d'une des stagiaires DCC cet été voudrait résumer ces lignes que j'ai écrites pour essayer de comprendre et mieux réfléchir ma mission à la lumière de l'histoire. A la racine de tout commencement il y a bien le "pourquoi ça a commencé" et ce qu'on peut faire avec ça ... 


Monseigneur Michel Canonne (1901-1911) est le premier assomptionniste à avoir assumé la charge épiscopale à l’heure où les religieux de la famille du Père d’Alzon s’étendaient dans le diocèse de Tuléar. Les Assomptionnistes sont arrivés dans le diocèse en 1953 pour y remplacer les lazaristes qui avaient déjà commencé la première évangélisation. Aujourd’hui, de nombreuses communautés chrétiennes ont vu le jour, non seulement à Tuléar mais dans tout le diocèse qui s’étend sur toute la région Sud-Ouest de la Grande Île. Les assomptionnistes ont donc largement contribué à l’établissement du Royaume de Dieu déjà-là et pas encore. Cette longue histoire se poursuit aujourd’hui par la mission dans les parties isolées du diocèse. C’est la mission dans la brousse dont la priorité est encore la première évangélisation. Rappelons ici qu’environ 40 % de la population malgache est chrétienne et se regroupent principalement dans les grandes villes dont Fianarantsoa est l’une des plus denses en termes de population catholique. Ainsi, la moisson est grande et les ouvriers sont peu nombreux. Pour diversifier les rayons d’actions de cette évangélisation, les religieux proposent en plus de l’animation de la vie paroissiale, noyau de toute communauté chrétienne (aurais-t-on tendance à l’oublier dans nos contrées européennes ?), des œuvres éducatives. Pourquoi ? Tout d’abord parce que l’éducation est une urgence à Madagascar. Mes observations compenseront peut-être quelques chiffres : chaque jour en me rendant à l’école, je vois bien que de nombreux enfants restent à la maison avec leurs parents par manque de moyen ou d’intérêt… le manque d’école est encore plus manifeste dans la brousse. C’est dans ce contexte qu’un réseau d’écoles de brousses a été créé et des professeurs formés spécialement pour la mission. En ce qui concerne le secondaire (collège-lycée), les mêmes difficultés s’appliquent en terme de moyens étatiques. A cela, il faut ajouter la question du niveau scolaire : plus on s’éloigne des centres urbains, plus le retard éducatif augmente. 


C’est dans ce contexte que le collège Monseigneur Michel Canonne a vu le jour en 2012. L’établissement assume franchement son cachet assomptionniste. Non seulement à cause du nom déjà cité plus haut, mais aussi en vue d’éduquer selon l’esprit de famille, d’excellence intellectuelle et de fraternité propre à la spiritualité des assomptionnistes depuis leur fondation dans un collège de Nîmes (devenu aujourd’hui collège Feuchères) en 1845. Le Père d’Alzon avait voulu donner à son premier collège la qualité d’un enseignement chrétien fidèle à sa tradition héritée des Pères de l’Eglise et à la fois ouvert sur son temps. Tout cela avait pour but de former des citoyens avertis, prêt à servir leur pays et contribuer à l’annonce de la Bonne Nouvelle dans un monde en plein bouleversement. A des milliers de kilomètres, les objectifs du collège sont sensiblement les mêmes. Evidemment, ici, tout élève motivé est accepté selon la quantité des places disponibles (le nombre ne cesse d’augmenter. Cette année 350 élèves collège et lycée compris pour une ville de 3000 hab.) qu’il soit chrétien ou non. Le collège défend le long combat d’une éducation de qualité là où les moyens matériels et financiers manquent. Les élèves doivent acheter eux même au collège leur matériel, histoire de les responsabiliser (même si les sommes ne peuvent être comparés avec les valeurs en France : un cahier = 0,30 cent € env.) Je pourrai citer d’autres exemples. Le but étant de rendre ces petits citoyens conscients que l’avenir est dans leur main. Cela étant dit, il nous faudra réfléchir plus tard sur l’égalité des chances entre les ruraux et les citadins dans cette vaste et grande Île où les inégalités sociales sont influencées en partie par les disparités géographiques.

Au final, je constate encore mon impuissance devant l'immensité de la tâche à accomplir. Ce que je fais, je ne sais jamais si ça prendra ou pas. En revanche, le fait que notre collège porte le nom de l'Assomptionniste qui a généreusement ouvert la mission à Madagascar est pour moi la confirmation qu'il est impératif de retrouver le goût d'aller vers l'autre (sans savoir la manière dont on sera accueilli). C'est bien ainsi que Dieu s'est avancé vers nous (sachant très bien que notre accueil ne serait pas le meilleur). Alors nous marchons modestement, certes, mais avec franchise, sur les pas de Celui qui se faisait le devoir d'aller dans les autres villages y porter Sa Voix et Sa Présence. Avec Jésus le Pourquoi s'est transformé en Pour QUI... Et ça change tout. Si vous partez un jour vous saurez toujours pour qui même si le pourquoi vous échappe... 

mercredi 27 novembre 2019

Quelques mots sur mon poste à Ejeda

Je raconte pour vous quelques éléments de ma vie de professeur d’informatique au collège à Ejeda. Commençons par le matériel ! (C’est la moitié du travail en informatique le reste étant la partie logicielle comme vous le savez bien). J’ai du bon matériel grâce aux soutiens de deux sources bienfaitrices à savoir le réseau des collèges assomptionnistes de Belgique et en particulier celui de Zepperen que j’ai visité l’an dernier. Deuxièmement, Mireille et Bernard modérateurs de l’association Solidarité Ejeda qui est implantée en région lyonnaise et qui récolte des fonds grâce à un admirable concert au mois de Janvier à Ecully que je recommande pour les amateurs de Jazz.

Evidemment, les conditions matérielles d’un village de brousse ne sont pas à la hauteur de ce que peut espérer un prof d’info en France. On fera donc le cours en petit comité (15 élèves par cours maximum) et sans vidéoprojecteur ni Internet. Cela simplifie le travail et tant mieux ! En effet, le niveau des élèves dont je m’occupe, c’est-à-dire de la 5ème à la Terminale est extrêmement faible. Aucun élève n’a de smartphone ni d’ordinateur à la maison ! l’utilisation de la souris est maladroite, le mot « bureau » n’évoque rien, etc… J’ai donc fait le choix de prendre le temps d’expliquer les termes fondamentaux la plupart du temps en français. Et c’est là aussi la difficulté principale de l’enseignement pour un francophone : le niveau de français est légèrement supérieur au niveau d’informatique. C’est dire si je suis motivé pour apprendre le malgache ! Il faudra être patient et les 12 heures de cours par semaine qui me sont alloués passent à une vitesse folle puisque je dois souvent répéter et vérifier que je ne perds personne. Or, dans une classe de 70 élèves, comme c’est le cas en 5ème, cela relève de l’exploit surtout devant des adolescents !



Mais voilà, le rythme ici n’est pas celui que je connais en France et il ne sert à rien de courir. Les choses arrivent d’elles-mêmes. Par exemple, à l’heure de la récréation, des élèves viennent frapper à la porte pour travailler tout seul leur sujet d’info. C’éti pas beau ça ? Alors oui, il y a des longueurs et beaucoup de chaleur en ce mois d’été qui commence (oui l’été c’est jusqu’au mois d’avril et ici les journées de canicules s’enchaînent et sont de plus en plus longues, Noël étant le jour le plus long de l’année). Patience donc et petit à petit, clic après clic, ces novices de l’outil informatique trouveront comment mettre à profit les connaissances acquises pour leur avenir professionnel. En tout cas, je ne mets aucune pression du fait que l’informatique n’est pas un cours du programme officiel. Et même si c’était le cas, je ne suis pas venu sauver le monde mais donner de mon temps et de ma personne à un projet plus grand que moi. Alors à chaque jour suffit sa peine et le lendemain prendra soin de lui-même (Matthieu 6,34).

à bientôt pour les nouvelles ! 

dimanche 10 novembre 2019

Après le long périple ( date 14 octobre 2019)

Les premiers jours 
Après le long périple de plus de 1300 km, me voici enfin arrivé sur le lieu de ma mission. Ejeda. Voici le lieu. Ce n’est pas ce que nous, européens, appellerions une ville. Ce qui fait allure de ville ici, c’est l’hôpital à l’entrée, les deux églises, l’une protestante et l’autre catholique sur la place centrale. Une école non loin et en fin de piste, le collège, dont l’architecture tranche avec les habitations du village très sommaires. La chaleur, le vent et les tas de poussières qu’il soulève, donne à Ejeda un décor digne des western spaghettis tournés en Espagne. Je ne m’étais pas trompé dans l’hypothèse de mon premier article « Ejeda, far west » Malgache. En effet, ici nous sommes vraiment « far » et vraiment « ouest ». Et même sud-ouest. Mon initiation à la langue malgache aura été utile car je peux déjà exprimer quelques réalités de terrain comme le travail, la nourriture, et d’autres aspects du quotidien. Par contre, le dialecte local freine un peu mon avancée car je découvre que les expressions que j’étais fier d’avoir appris ne me sont d’aucune utilité ici ! De toute façon, il me faudra trouver un professeur et un bon livre d’initiation pour apprendre correctement. Lorsque vous lirez cet article, vous saurez que j’ai quitté Ejeda pour Tulear ou une autre ville. En effet, point de wifi et mon portable ne reçois pour le moment aucune donnée cellulaire. Ce qui donne à mon aventure son aspect dépaysant. J’allais dire « enfin ». Mais il ne faut pas parler trop vite ! L’isolement n’est jamais loin parce que je ne parle pas la langue (juste ce qu’il faut pour les conversations à table ou dans la rue) et je suis le seul vazaha, ce qui veut dire « étranger ». Du coup, je fais l’animation quotidienne dès lors que je me montre en public. Or, comme je fais chaque jour deux allers retours de 15 minutes entre le collège et la communauté, c’est vite réglé ! tout le monde connaîtra mon nom dans deux ou trois jours !
le taxi brousse ! quelle joie d'être arrivé ! 

Environnement direct 
Mon point de référence reste donc la communauté assomptionniste où se trouve le « miam-miam » et le « dodo » même si ce dernier (aboiements, miaulement, vol de moustique au ras des oreilles, chat du coq au milieu de la nuit, plus lever à 5h oblige !) manque à ces longues journées sous le soleil. Nous sommes six frères à partager cette grande propriété au centre (ville ?). Chez nous on parle souvent boulot parce que nous sommes tous impliqués, d’une manière ou d’une autre dans la mission du collège. Romain est supérieur, Richard, le frère à tout faire, Denis, le plus jeune est à l’économat, et moi en pleine découverte de ce premier poste d’enseignant en informatique.

la dream team ! 

Je découvre donc ma mission d'éducateur et de professeur. Ici ce qui me paraît essentiel c'est d'abord la présence et l'écoute pour que, dans la confiance mutuelle, les élèves et moi-même avancions dans un même pas vers une bonne direction. Un peu maladroit dans ma façon de faire au départ, je commence à comprendre la bonne attitude éducative envers les élèves. Comme j'enseigne depuis la 5e jusqu'à la Terminale, je dois adopter un comportement différent en fonction de leur maturité. Il est fini le temps où je n'avais que les Louveteaux ! Il faut savoir parler aux ados, ici aussi ! Bref, je me découvre petit à petit un attrait certain pour l'enseignement selon la pédagogie propre de l'Assomption, c'est à dire : un esprit de famille, la recherche de l'excellence, le souci du plus faible et l'encouragement des plus forts. 

clic à gauche, clic à droite... 

Après quelques aléas au niveau de la santé, j'ai retrouvé la forme et je pense avoir passé le cap d'une certaine introduction à Madagascar. Une petite routine s'installe, ce qui est bon signe. Petit à petit, je travaille la langue parlée avec les habitants d'Ejeda, notamment les enfants du quartier avec qui je m'amuse beaucoup. Comme temps de ressourcement, j'utilise les moyens du bord : vers la fin de l'après-midi s'il ne fait pas trop chaud, je vais pédaler un peu dans la brousse, histoire de me sortir un peu du village. J'y rencontre des habitants surpris qu'un vazaha traîne par là. Or, le contact se passe bien surtout lorsqu'ils entendent de ma bouche un peu de malagasy local (ici on parle le patois mahafaly, c'est un peu comme l'occitan pour les français). Lorsque la nuit tombe, après la prière et le repas du soir qui réconforte d'une longue journée de travail sous le soleil, je regarde les infos locales et internationale grâce au satellite (France 24 et Canal +). Puis, j'ai du temps pour la lecture avant d'aller me coucher et essayer de dormir malgré un tapage nocturne fréquent. Mais, bon, l'homme s'habitue à toute condition de vie. J'espère en être un preuve vivante !

Pour approcher les gens, rien de tel qu'un petit sourire :)

mercredi 9 octobre 2019

Akamasoa, la ville sortie de nulle part

Ce matin,

Je reviens tout ému et étourdis de ma visite du lieu dit "Akamasoa". Je crois que je n'ai jamais vu un lieu pareil. D'autant plus que ce jour là, la première personne rencontrée était le père Pedro en personne ! Qui est-t-il ? Un prêtre argentin présent sur l'île depuis cinquante ans. à la suite d'une nomination à Tananarive par les supérieurs de sa congrégation lazariste, il est un jour bouleversé par les familles qui vivent dans les ordures de la ville. Cela n'est pas supportable et il décide d'agir. Son passé en argentine l'avait bien préparé à cette présence au milieu des pauvres pour suivre le Christ pauvre. Aujourd'hui, c'est à dire trente ans après cette expérience, nous avons parcouru sur le scooter du Père Lucien, assomptionniste à Tana, la circulaire, dite du Pape François. En effet, un chemin avait été aménagé pour la venue du Pape au début du mois de septembre. Même si je n'ai pas pu vivre cette visite exceptionnelle, j'ai pu ressentir l'esprit de ce qui est vécu en ce lieu. Par exemple, au passage de notre petit scooter tout le monde nous salue gentiment avec les "Salama ê !". Des jeunes et des vieux qui vivent ensemble, des maisons construites par les familles pleins de couleurs et d'une singularité malgache étonnante. Pas de déchet dans les rues ! un petit miracle pour cette ville où la pollution est tres visible. Nous arrivons enfin dans un autre espace surprenant : des carrières de pierres pleines de travailleurs et travailleuses qui gagnent leur vie à coup de marteau et de sueur. Or, j'ai pu parler avec certains ouvriers et habitants et malgré la rudesse de la tâche, ils ne communiquent pas la pitié mais l'espoir de vivre mieux dès aujourd'hui. L’intuition du Père Pedro à largement été dépassée par l'investissement personnel et collectif des habitants d'Akamasoa synonyme d'amitié en malgache. Au terme de notre passage, je reviens presque les larmes aux yeux. Mais cela ne doit pas en rester aux sentiments. Tout ici est à vivre. Cela me fait penser à une de nos oeuvres en région parisienne qui accueille ceux qui viennent de loin. Ici le village des amis, là-bas la paroisse fluviale Je sers. Le point commun ? On part de rien, on reste avec les gens, on passe à l'action, et la prière trouve alors son sens et sa force parce qu'elle n'est pas restée à l'intérieur mais qu'elle s'est exposée à l'épreuve de la fraternité. La chance de l'esprit de l'Assomption c'est de déployer toute la liberté pour donner au Royaume de Dieu un avenir et un présent. J'espère, à l'instar de ces témoignages de sortie de soi, me mettre davantage en marche pour que ce qui était poubelle, devienne village. Bref, une vraie parabole de type écologique pour notre siècle !
Le Père Pedro se prête facilement au jeu de la photo

maisons construites par les habitants

mardi 8 octobre 2019

Une ballade inattendue


J'étais sortis pour visiter le quartier, lorsquau détour d’un escalier je rencontre un zaza (gamin) qui me parle en malgache. Au début, je crois qu’il me demande de l’argent et ce n’est pas totalement faux. L’habitude certainement. Mais, comme il insiste, je le salue et je commence à parler avec lui. Il me dit qu’il parle français ce qui m’arrange bien. Je lui demande s’il peut me faire visiter le quartier. Il est d’accord. Quelques mètres plus tard, son frère et une autre voisine nous rejoigne. Je les accueille spontanément. En même temps, je me demande si c’est une bonne idée de prendre tous les enfants du quartier avec moi. Je suis déjà bien remarquable avec mon teint pâle. Finalement, le groupe se clôt à ces trois enfants de 9 à 11 ans. Alors on visite, on monte, on aperçoit des vues de la ville de plus en plus belles. On arrive enfin au niveau de la cathédrale où une statue géante de la vierge Marie tends les bras vers le sud de la ville. Les enfants me proposent de monter au Rova, le château des anciennes reines de Madagascar. Pour les remercier je leur achète un petit sandwich. Ils sont contents, ils partagent entre eux. Je suis ravi de cette sortie improvisée. En montant, je rencontre un guide du château. En pitoyable touriste, je me laisse conduire et je fini par payer l’entrée pour moi et les enfants. 10 euros. Mais bon, ça vaut la peine tant la vue est magnifique. Le plus beau panorama de la ville à 360°. Les enfants me posent des questions. Le premier rencontré insiste sur ma situation pécuniaire. Il comprend l’argumentaire selon lequel je n’ai pas de chapeau magique et que j’ai besoin de travailler honnêtement pour gagner de l’argent. J’ai toujours été mal à laise pour parler sereinement d’argent. En particulier devant un enfant qui marche pieds-nus et qui, même s’il va à l’école, semble bien manquer de certains essentiels. On finit par rentrer assez vite. Je ne veux pas qu’ils pensent que je suis un monsieur magique et gentil. Il faut dire “au revoir. On ne veut pas se quitter mais c’est comme ça. Je leur dis que ce n’est pas possible de venir chez moi. Ils ont compris. Et moi aussi, j’ai compris qu’il me manquer l’essentiel. Savoir cueillir le temps présent avec des enfants qui, en fait, n’avait besoin que d’une oreille qui écoute leur petite histoire de vie. Chers enfants, la prochaine fois, je ferai mieux. Merci à vous. 


Image associée
un aperçu du Rova qui donne la plus belle vue sur Tana.

samedi 5 octobre 2019


Je profite d’avoir le temps de m’asseoir à la bibliothèque de la communauté de Tananarive pour écrire mon premier article de blog officiel. Après deux jours intenses de marches dans les sortes de soucs géants que constituent les rues de la capitale, il fait bon s’arrêter et méditer un instant. Je suis accueilli dans la communauté des frères étudiants assomptionnistes en attendant de finaliser mon titre de séjour. Cela devrait prendre quelques jours la semaine prochaine. Pour le moment je découvre petit à petit la culture, les gens, les manières de vivre le quotidien. Cela me passionne et mes yeux ne cessent d’enregistrer de nouvelles informations et découvertes. J’ai déjà fait de belles rencontres et je continue de me laisser surprendre comme c’est le cas dans tout début et commencement. Hors mis les décors peu familier, je reste tout de même assez calme et je ne saute pas au plafond du fait de cette animation et  du dynamisme effervescent dans la ville. Je prends le temps de prier avec les frères le matin et le soir. La communauté est composée de français, de malgaches, des congolais et un burkinabé. Le cycle solaire fixe le rythme de la journée de 6h du matin à 18h coucher du soleil. Demain, c’est dimanche et je me rendrai pour la première fois en paroisse même si cette après-midi j’y suis passé pour jouer au foot avec les zazakely (enfants). Bref, tout va bien aujourd’hui. Je suis en bonne santé et je ne me sens pas seul. A bientôt pour la suite du périple qui devrait me conduire à Tuléar puis sur le lieu de ma mission à 1000 km d’ici ! Veloma 

ny tsena

quelques membres de la communauté (dress code noir ? :) ) 

Comment m'aider pour que des enfants aillent à l'école et donne à Madagascar de nouveaux espoirs ?

Maintenant que je suis en France, je ne stoppe pas mon action  pour les enfants de la Grande Île à avoir un accès à une éducation de qualité...